• ETRE AVEC EUX...

    Voici une rubrique qui s'imposait à mes yeux, un endroit ou vous pouvez partager vos impressions, vos défis, vos découvertes, bref tout ce que ces enfants vous ont apporté, car grâce à ces échanges, chacun pourra y puiser force et richesse pour son propre enfant, pour sa propre famille !

    Cédric m'a fait le cadeau de partager en premier ses impressions de bénévole auprès d'un petit garçon autiste :

    Mon bénévolat auprès de Christopher...
    C’est le meilleur moment du quotidien que je vis et que j’attends avec impatience. C’est aussi 4h/semaine qui me permettent de respirer, de me sentir libre de toutes « règles » ou « normes ». C’est le seul endroit jusqu’à aujourd’hui où je ressens une telle liberté qui me permet de me découvrir moi-même. C’est une relation adulte-enfant puissante et différente que je n’avais jamais vécu jusque-là avec d’autres enfants.

    Je ne suis pas obligé de parler parce que nous nous comprenons suffisamment avec tous les autres signes.
    C’est un lieu et un moment où le respect et le plaisir entre nous sont naturels et évidents.
    Ce bénévolat m’a permis de comprendre mes besoins et d’ouvrir les yeux sur le vrai sens de la vie.

    Et j’ai aussi compris, selon moi bien sûr, qu’il n’y avait pas plus sociable que ces enfants ! Il y a qu’à voir la puissance de la relation entre eux et nous. Une phrase que j’avais écrite sur Facebook :
    « L'éducation d'un enfant autiste est vraiment très facile, car vous avez le droit à l'erreur ! Si vous vous trompez, il résistera ».
    Ça résume un peu tout ce que je pense en une phrase ;) et c’est le bénévolat Teach Trough Play qui m’a permis de voir ça sous cet angle.
    En commençant depuis le début : Une phrase, qui aide à ne pas se culpabiliser si ça ne marche pas entre nous, a été de me dire la première fois : « Des fois ça marche, des fois non, si l’enfant ne veut pas être avec toi, il ne faut pas culpabiliser. Si ça ne marche pas avec lui, ça peut marcher avec un autre enfant ». Une seconde phrase que Mark m’a souvent répétée et qui m’a permis d’avoir confiance en moi et de progresser (ou ne pas stresser) : « Il n’y a pas d’erreur. Chacun fait de son mieux ».

    Première séance :  Christopher a eu la bonne idée de la faire à trois (avec la maman). Heureusement, car ça
    aurait difficile pour moi cette première fois, je crois !
    Seconde séance :  Je suis incapable d’aller vers Christopher... heureusement, lui, il y arrive au bout de 30min
    un peu près. Il réfléchissait à une activité à deux il me semble. Trop fort le gosse ! Faire les séances à deux dans une salle de jeu fermée (au lieu de faire ça dans toute la maison) a été très utile pour moi, pour ressentir cette liberté et cette sécurité. C’est ce qui m’a permis, avec l’aide des parents & Carolina, de gagner en « exubérance » naturellement. Et aussi de ne pas craindre le regard et jugement des autres (j’ai beau être
    avec des parents top, cette crainte est comme inscrite en moi).
    Pas de réunion, car je suis le seul bénévole de Christopher. Sauf depuis deux semaines : une deuxième bénévole nous a rejoints, coool ! (Une Américaine qui a fait son-rise aux USA et qui a rejoint une famille au pair en France).

    En revanche, à chaque fin de séance, Mark me posait la question « Comment tu t’es senti ? » et je remplissais un fichier Excel. Je n’ai jamais su répondre à la question : je suis toujours aux anges quand je suis avec Christopher !  Les premières séances, j’étais comme une feuille morte avec Christopher (0 exubérance). Intéressé, présent, amusé, mais un corps « pas amusant » (j’avais juste 2E). Les conseils des parents et Carolina m’ont permis de faire l’effort d’essayer un geste. Je l’ai fait sans me forcer, mais à un moment de grosse motivation entre Christopher et moi... j’ai simplement levé les bras (en rapport avec le jeu) et le sourire de Christopher m’a mis en confiance pour la suite. C’est ainsi que j’ai pu être toujours un peu plus exubérant au fil des jours et d’agir ainsi de plus en plus naturellement (« sans réfléchir »). Bon, je ne saute pas non plus quatre étages... je suis exubérant à ma façon. L’un des conseils a été «Essaye de réagir comme un -toon- de dessin animé». Avoir le schéma Teach Trough Play en tête (joining, feu vert, célébration, action, défi) et les objectifs du moment en tête, pendant la salle de jeu, a été un vrai casse-tête pour moi. Impossible de m’amuser avec Christopher en gardant à l’esprit les objectifs.

    Alors j’ai décidé d’abandonner théorie et objectif pour simplement m’amuser à fond avec Christopher.
    Constat : + d’amusement, + de motivation...et + de défi aussi.  Alors j’ai continué ainsi. En abandonnant ça, je pouvais me concentrer au « être ensemble » (qui n’est pas forcément : jouer ensemble ou se coller l’un sur l’autre ^^) et suivre les souhaits de Christopher. Pendant les jeux où l’on s’amusait ensemble, je ne réfléchissais plus : je jouais. Donc pas de « est-ce que c’est un défi si je fais ça ? » , « va-t-il y arriver ? » ou
    « va-t-il aimer si je... ? ».

    Je joue simplement sans arrière-pensée et sans jugement (de lui ou de moi). Générateur de défi, car j’ose faire plus de choses, mais pas trop, car on apprend à se connaître.
    Aujourd’hui, on a décidé d’abandonner le côté scolaire de Teach Trough Play (je n’écris plus dans le tableau Excel ce qu’il s’est passé et plus de listes d’objectifs). Bénévolat sur la confiance. Mais on remplit le tableau « Modèle de développement » de temps en temps : je viens de le faire et c’est très utile pour faire le point, se remémorer ce qu’il se passe de manière pertinente et se rendre compte de ce qui est difficile pour moi. En le faisant, j’ai pu noter que c’est difficile pour moi de proposer mes propres activités (j’ai toujours suivi les propositions de Christopher) et d’encourager les échanges verbaux « hors jeu ». Un moyen de se compléter d’un bénévole à l’autre.
    Aujourd’hui, c’est simple : on ne peut plus se quitter. Le calvaire des parents est que la séance se termine à l’heure (car école le lendemain). Il court sur moi dès que j’arrive avec le grand sourire intérieur. Irrésistible ! Et Christopher me manque dès le lendemain :(.
    Passer d’une salle de jeu sans négativité à être seul entre quatre mur (c’est pas un yourte !), il y a une grosse différence. Ah oui, mon besoin de me rapprocher de la nature et de la simplicité : c’est aussi grâce à
    ce bénévolat (et rencontres «Teach Trough Play») qui m’a permis d’en prendre conscience. En bref, je ne fais vraiment aucun effort pour ce bénévolat : c’est un besoin. Et je crains le jour où je devrais partir dans ma yourte. J’crois bien que je vais leur demander s’ils n’ont pas envie de quitter Paris loool !

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    A tous ceux qui veulent s'exprimer envoyez moi votre texte par mail...

    Voici une petite vidéo d'un jeune autiste vu et raconté par son frère.