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    Biarritz expérimente l'intégration d'enfants autistes à l'école  --> Article issu de La CROIX mardi 6 octobre 2009

    Pour la première fois en France, une cellule d'accompagnement pour enfants autistes a été créée au sein d'une école publique. Biarritz, de notre correspondant régional «A la rentrée, Florian, 9 ans, criait et refusait de s'asseoir sur une chaise. Aujourd'hui, il a intégré la classe de CP et suit près de trois demi-journées de cours par semaine », se réjouit Lucie Fadda, psychologue, directrice de la structure « Avancée vers l'autonomie (AVA) ». Créée cet été au sein du groupe scolaire des Pyrénées à Biarritz, cette cellule d'accompagnement pour enfants autistes accueille, depuis le 14 septembre, quatre « petits » de 3 à 9 ans, qui, souvent, sont passés par des classes d'intégration scolaire (Clis), sans succès. 

    Un bâtiment a été spécialement aménagé avec quatre ordinateurs, un téléviseur, un magnétoscope, une bibliothèque, un espace jeu et même une caméra, afin de filmer leurs progrès.

    Ici, à travers des séances de travail (exercices de mémoire, de calcul, de lecture...), de jeux et de groupe, on les prépare à intégrer une classe. Chaque enfant autiste dispose d'une éducatrice spécialisée, qui le prend en charge toute la journée, selon la méthode ABA, très utilisée aux ÉtatsUnis (Applied Behavior Analysis, « analyse du comportement appliquée »). En pratique, les enfants sont stimulés par des récompenses (séances de jeu) après un exercice réussi. 

    Leur intégration se fait en douceur. Dans un premier temps, ils ne partagent avec les autres élèves que la cour de récréation et la cantine, ainsi que les horaires (de 8 h 30 à 16 h 30). Après quatre semaines de cours, des progrès se font déjà sentir. Jessica, 3 ans, a commencé à intégrer la classe en participant à des parcours de motricité pendant quarante-cinq minutes. « Cette expérience l'a ouverte aux autres. Elle cherche de plus en plus le contact avec ses camarades », s'enthousiasme Élodie, 29 ans, son éducatrice. À terme, l'objectif est que ces enfants autistes deviennent autonomes et puissent aller en cours seuls.

    « Il s'agit d'une expérience pilote en France », se félicite Jean-Philippe Claverie, beau-père de Florian, qui en est à l'origine. Membre de Chrysalide, une association aidant les parents d'enfants trisomiques et souffrant de TED (troubles envahissants du développement), il est parvenu avec son président, Patrice Lagisquet, un ancien du XV de France, à convaincre des entreprises, les collectivités locales et l'éducation nationale de soutenir ce projet. Ils ont ainsi réussi à rassembler le budget annuel de l'opération, soit 130 000 €. L'idée est inspirée d'une structure Gautena, à SaintSébastien, en Espagne, qui accueille depuis plusieurs années des enfants autistes. 

    Tout est allé très vite. Dès la fin juillet, le cabinet de Nadine Morano, secrétaire d'État à la famille, a donné son feu vert. Ainsi, « l'État reconnaît désormais l'autisme comme une maladie neurobiologique et non plus comme une pathologie relevant de la psychiatrie, ce qui ouvre la voie à une prise en charge socio-éducative et non plus médico-sociale », se félicite Jean-Philippe Claverie. L'expérience se déroule sur deux ans. Chaque trimestre, les enfants seront examinés par une psychologue extérieure, qui déterminera les objectifs à atteindre. À la fin de l'année, les enfants seront évalués comme les autres par les professeurs. Si les résultats sont satisfaisants, ce projet sera reconduit et démultiplié en France. 

    « Malheureusement, nous n'avions pas, jusque-là, les équipes adaptées pour accueillir des enfants autistes », souligne Jean-Marc Iturbide, directeur de ce groupe scolaire. « L'idée est que ces enfants deviennent autonomes et apprennent un métier. Certains autistes vivent même en couple », rappelle la psychologue. «Il ne s'agit pas de guérir l'autisme, seulement de les aider à vivre avec», conclut Jean-Philippe Claverie. 

    QUELQUES ANNEES APRES EN 2013 : BILAN !

     Article de Muriel Bonneville, dans SUD-OUEST du  14/02/2013

    Biarritz : des enfants autistes à l'école

    Lundi, le président du Conseil général, Georges Labazée, a vu comment fonctionnait la structure AVA, accueillant cinq enfants autistes en milieu scolaire.

    [LEG_LEGENDE]Rencontre touchante entre un jeune élève autiste et Georges Labazée.Rencontre touchante entre un jeune élève autiste et Georges Labazée. (photo Bertrand Lapègue)

    La rencontre est inopinée. Tactile. Forte. Georges Labazée, entrant dans la salle de classe, voit fondre un enfant sur lui. Sans un mot, ce dernier lui touche les mains et le visage. Puis son regard s’illumine d’un coup et le jeune garçon lâche un « bonjour ! » enjoué avant de disparaître dans la cour de récréation pour aller jouer avec ses camarades.Lucie Fadda, psychologue et directrice des structures AVA (Accompagner vers l’autonomie) au Pays basque, commente la scène aux présents : « Vous avez remarqué que cet enfant n’a pas été impressionné de voir entrer autant de monde d’un coup dans la classe ? C’est parce que lui, comme les quatre autres enfants autistes que nous accueillons à l’école des Pyrénées, est parfaitement intégré en milieu scolaire. Il a l’habitude d’évoluer au milieu d’autres personnes et ne s’émeut pas quand arrivent de nouvelles têtes. »

    Un éducateur par enfant

    La réaction spontanée du garçonnet illustre parfaitement l’objectif des structures AVA. À savoir permettre une insertion sociale et scolaire effective et durable des enfants atteints d’autisme grâce à un programme éducatif personnalisé et un accompagnement spécifique à chacun des petits élèves.

    Lundi, le président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, accompagné entre autres de Philippe Couturaud, directeur académique des services de l’Éducation nationale des Pyrénées-Atlantiques, est venu visiter la structure pour voir son fonctionnement, son organisation et son projet d’accompagnement pour l’enfant, dans l’idée d’ouvrir prochainement pareille unité à l’école Jeanne-d’Albret à Pau (1).

    « En juin, le Conseil général a voté un schéma d’autonomie qui concerne les personnes âgées et celles handicapées. L’autisme, en lien avec l’ARS et l’Éducation nationale, en fait partie, explique-t-il. Ce schéma engage les collectivités territoriales jusqu’en 2017. Depuis janvier, deux chargés de mission sillonnent le département pour dresser un état des lieux et voir quels partenariats sont possibles pour engager des opérations. »

    Georges Labazée porte une attention toute particulière à la structure AVA de Biarritz qui, depuis 2009, portée par l’association Chrysalide, s’appuie sur une méthode expérimentale et moderne qui aujourd’hui semble porter ses fruits. « L’idée est d’accueillir cinq enfants accompagnés chacun, toute la journée, d’un éducateur spécialisé à l’autisme, raconte Lucie Fadda. Ce dernier est un point de repère pour l’enfant. Il lui permet de réduire ses angoisses mais l’aide aussi à se concentrer pour réaliser les activités demandées. Les enfants ont leur propre salle de classe divisée en plusieurs espaces à la fonction prédéfinie. Mais ils vont également dans des classes ordinaires et à la cantine avec les autres élèves. Ils peuvent même aller au centre de loisirs pendant les vacances. »

    Une affaire de société

    Et d’ajouter : « Avec un peu plus de trois ans de recul, nous avons vu des enfants évoluer positivement. Certains pourront aller au collège (2). Les autres bénéficieront d’une auxiliaire de vie scolaire. Mais avec Chrysalide nous réfléchissons à d’autres projets afin de ne pas laisser les familles sans solution. »

    Le professeur Manuel Bouvard, responsable du CRA (centre ressources autisme) d’Aquitaine, partenaire de l’AVA pour établir un diagnostic médical d’autisme sur les enfants, ne tarit pas la structure d’éloges. « Le modernisme doit passer par l’expérimental. L’autisme est une affaire de société, pas de médecin. La structure AVA montre que les enfants autistes peuvent parfaitement aller à l’école, apprendre et se sociabiliser. »

    (1) Deux autres structures AVA existent au Pays basque. L’une à Saint-Jean-de-Luz, l’autre à Hasparren. Mais aucune en Béarn à ce jour. (2) Le collège Marracq à Bayonne ouvrira une ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) AVA à la rentrée.

     

    PROJET CHRYSALIDE

     

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